ROLAND de CADEHOL Anatole

Lorsqu’il arrive à Cambrai en janvier 1904 pour prendre la rédaction en chef du quotidien républicain L’Indépendant, Roland de Cadehol bénéficie d’une notoriété certaine dans les milieux journalistiques, voire d’un certain prestige. L’homme a déjà derrière lui une longue carrière qui l’a conduit un peu partout en France. Il est renommé pour être, selon Le Petit Troyen, un « polémiste de grand talent qui a pris une part active, féconde […] aux luttes en faveur de la République ». Durant la période de l’Ordre moral, il a d’ailleurs payé son engagement politique au prix fort : plusieurs condamnations à la prison et des amendes conséquentes.

Né à Carville, un bourg situé à une dizaine de kilomètres de Vire, Anatole Cyprien Roland de Cadehol, de son vrai nom, fait, selon le Dictionnaire nationale des contemporains, son entrée dans la presse à L’Ami de la France, Gazette parisienne et internationale fondée le 19 novembre 1870 et supprimée par la Commune en avril 1871. Il commence alors, parfois au gré des campagnes électorales qui émaillent la vie politique, un nomadisme journalistique qui le caractérisera une grande partie de sa carrière professionnelle et qu’il est souvent délicat de suivre., il est successivement rédacteur à La Gazette des étrangers, au Courrier illustré, à L’Opinion nationale...

En 1873, il est à Arras où il travaille pendant quelques mois au quotidien L’Ordre. Le 2 mai 1876, il signe son premier article en tant que rédacteur en chef du Républicain du Finistère. Dès novembre, il est condamné à un mois de prison, condamnation confirmée en appel. En mars 1877, à l’occasion d’une plainte de l’évêque de Quimper, le tribunal lui inflige trois mois de prison et 2 000 F d’amende. Alors qu’il purge sa peine, il est nouvelle fois poursuivi pour offense au maréchal Mac Mahon. Libéré, il préfère, selon l’expression du journal Le Soir, « mettre la frontière belge entre la justice de son pays et lui ». Son nom disparaît, sous le titre du journal, en juillet 1877.

A partir de mars 1878, de retour à Paris, le journaliste collabore pendant quelques semaines à La Marseillaise et au Républicain d’Henri Rochefort. En 1879, il appartient pendant quelques mois à la rédaction du Petit Toulousain qu’il quitte pour devenir rédacteur en chef du Républicain de l’Allier. Là aussi, il ne fait que passer dirigeant successivementla rédaction du Progrès de Clamecy, un journal électoral qui en 1881 ne connaît que seize numéros ;du Républicain de Loir-et-Cher (1881-1882) qui est condamné pour outrage à la religion après avoir ironisé sur un cadeau fait par une baronne, un bidet, à son jeune « ami »;du Libéral de la Marne (1883) où il doit rendre raison les armes à la main à un candidat aux élections municipales ;enfin du Petit Niçois.

En 1886, il débarque au Havre où il dirige Le Journal du Havre fondé en 1750 et fonde Le Petit Havrais. Dix ans plus tard, Roland de Cadehol reprend son errance journalistique. De janvier à août 1898, le temps d’une campagne électorale, il participe à Langres au Petit Républicain de la Haute-Marne. De retour à Paris l’année suivante, il devient chroniqueur littéraire, puis secrétaire de rédaction au quotidien du soir fondé par Gambetta La République française jusqu’en décembre 1901. Il intègre alors Le Soir comme rédacteur parlementaire. Quelque trois mois plus tard, on le retrouve à Bordeaux rédacteur en chef de La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, modeste quotidien régional fondé en 1887.

En octobre 1903, à 57 ans, Roland de Cadehol met la cap au Nord et s’installe dans le fauteuil de Léon Marc qui vient de quitter la rédaction en chef de L’Indépendant, quotidien républicain édité à Cambrai. C’est là que le trouve la guerre en 1914. Si, la ville occupée, le journal cesse sa parution, il signe en août 1915, une pétition contre la censure politique où il se revendique toujours rédacteur en chef de L’indépendant de Cambrai. Roland de Cadehol se retire à Paris où il s’adonne à l’écriture, publiant jusqu’à un âge avancé. Membre de la Société des gens de lettres, il avait vu plusieurs de ses ouvrages récompensés par un prix littéraire. Membre de l’association des journalistes parisiens, des journalistes parlementaires, il était l’un des fondateurs de l’Association des journalistes républicains