Pierre Noilhau pour l’état civil et le barreau, Pierre Salvat pour la presse. Natif des Landes, Noilhau mena en effet plusieurs carrières sous son nom propre et sous un pseudonyme : d’un côté celle d’avocat et de délégué général de la Ligue de la Patrie française, de l’autre, celle de journaliste.
Comme journaliste, Pierre Salvat exerça probablement une dizaine d’années dans le département du Nord. Durant les années 1880, il signe des articles dans Le Courrier d’Armentières, La Dépêche, Le Mémorial de Lille et Le Journal de Roubaix autant de quotidiens conservateurs qui appartiennent à la Société des journaux réunis de l’arrondissement de Lille dirigée par Reboux. Ses articles sont hostiles à la République et en particulier à la politique de laïcisation. En mars 1884, il est nommé rédacteur en chef de La Gazette d’Armentières, édition armentiéroise du quotidien royaliste et catholique lillois La Vraie France. Parallèlement, il collabore au quotidien parisien Le Gaulois.
Selon L’Avenir de Roubaix-Tourcoing, il aurait quitté Roubaix à la suite de nombreuses indélicatesses. En 1887, il serait devenu rédacteur en chef du « journal réactionnaire » de Vesoul, Le Réveil. Cependant, sa signature apparaît encore irrégulièrement dans Le Journal de Roubaix jusqu’en 1890. L’homme n’hésite pas à porter la contradiction chez ses adversaires politiques et ses écrits lui valent des démêlés avec la justice.
Par la suite, il serait devenu agent électoral boulangiste en Charente. En 1898, on le retrouve rédacteur en chef du Journal d’Alençon, organe du baron de Mackau, député de l’Orne, membre de l’Union des droites. Il en reste rédacteur politique jusqu’à sa mort. En 1899, la police du Nord croit encore le voir derrière le nouveau directeur du Journal d‘Armentières devenu propriété du député Union libérale Jules Dansette dont il aurait été le secrétaire, comme il aurait été celui du député Union des droites Eugène Robert des Rotours.
En opposition au dreyfusisme, à l’initiative de François Coppée, Jules Lemaître, Gabriel Syveton… est fondée en décembre 1898 la Ligue de la Patrie française. Pierre Noilhau en devient le délégué général et anime de nombreuses réunions en province. « De la barre à la tribune des réunions publiques, dira le bâtonnier du barreau de Paris dans l’hommage qu’il lui rendra après sa mort, il allait, toujours prêt à la bataille, apportant à ses amis le concours d’une parole tour à tour enflammée, pittoresque et souriante. »
Ami et confident de Syveton, il doit assister son défenseur dans le procès intenté au député nationaliste par le ministre de la guerre, le général André. Antidreyfusard devenu partisan de la réhabilitation du capitaine Dreyfus, le général, accusé d’avoir organisé un service de renseignements sur les opinions politiques et religieuses des officiers, avait été, le 4 novembre 1904, giflé par Syveton. A la veille de son procès, le député est retrouvé mort asphyxié dans son bureau. Le procès est annulé mais cette mort mystérieuse alimente les rumeurs les plus contradictoires, d’autant que Syveton, trésorier de la Ligue de la Patrie française, aurait eu une gestion peu rigoureuse des finances de l’association .
Selon la presse de l’époque, Noilhau, conseil de la veuve Syveton, renonça à cette fonction en raison des attaques dont il fut l’objet de la part de ses amis politiques ». Lors de son hommage, le bâtonnier ajoute : « Le soupçon l’éprouva, d’autant plus difficile à repousser qu’il était plus vague et moins raisonné. Noilhau fit tête et l’accusation recula. Mais la lutte douloureuse avait épuisé ses forces. » L’avocat s’impose une retraite volontaire et meurt en juillet 1905 d’une maladie du foie. Le Temps rapporte que ses obsèques eurent lieu « au milieu d’une assistance extrêmement restreinte ».
