D’HERICAULT Charles

« Charles d’Héricault était, dans toute la force du terme, un traditionnaliste. […] En même temps qu’un patriote, il était profondément catholique », « Historien érudit, écrivain de bonne race et noble de caractère, les lettres perdent un des hommes de ce temps qui surent le mieux les aimer et les honorer. Chrétien convaincu et chevaleresque […], M. Charles de Ricault d’Héricault s’est montré le défenseur ardent de la foi, le champion intrépide de l’Eglise et de la Patrie. » Dans les premiers jours de novembre 1899, à l’instar de La Libre Parole ou de L’Autorité, toute la presse de droite, royaliste, catholique, conservatrice… rend hommage à Charles Joseph de Ricault, dit d’Héricault, historien et romancier,  qui vient de mourir dans son Boulonnais natal, à Tingry, et laisse plus d’une quarantaine d’ouvrages.

Né en 1823, Charles Joseph d’Héricault est le fils d’un notaire de Boulogne-sur-Mer, Charles Déricault, dont le patronyme sera modifié par jugement en « de Ricault ». Dans un ouvrage inachevé, Souvenirs, publié en à la demande de sa veuve dans le quotidien La Vérité, Charles d’Héricault raconte ses années de jeunesse. Après des études au collège Saint-Bertin, il part faire son droit à Paris « pour répondre au vœu » de sa mère qui le rêvait président de tribunal en province. Il obtient sa licence et assiste également aux cours des historiens Jules Michelet et Edgard Quinet. Avec un groupe d’étudiants catholiques, il y porte la contradiction et défend l’historien catholique Frédéric Ozanam. Après un court passage dans l’étude d’un avoué parisien, Charles d’Héricault se tourne vers les Lettres, « non sans avoir fait […] son éducation théologique complète ». Il s’applique ainsi à vulgariser la littérature du Moyen-Âge. Parallèlement, il entame une série de collaboration avec diverses publications périodiques : Revue des provinces, Revue des deux mondes, Revue européenne, Revue de France, Revue diplomatique…, mais aussi de quotidiens La Presse, La Gazette nationale ou le Moniteur universel, La Liberté, Le Figaro, La Vérité…

Après la chute du second Empire, Charles d’Héricault se tourne vers l’étude de la Révolution française, livrant « une guerre sans merci […] jusqu’à son dernier jour contre les hommes et les choses de la révolution ». Comme l’écrit Le Correspondant en 1881, il « a deux manières de faire l’histoire : l’une par les faits, l’autre par la fiction », Charles d’Héricault passe ainsi de l’étude historique au roman. En 1876, son ouvrage La Révolution de Thermidor, salué par Henri Wallon, est récompensé par l’Académie française au même titre que ceux de trois autres historiens dont Ernest Lavisse. En 1883, il fonde avec l’historien conservateur Gustave Bord le mensuel La Revue de la Révolution destiné « à combattre le côté légendaire de la Révolution ». L’Administration interdit aux archivistes des départements d’y collaborer, même par la communication de documents. A partir de 1887, il fait paraître un Almanach de la Révolution française qui sort chaque année jusqu’en 1895. Inlassablement, il multiplie les publications laissant une œuvre abondante.

Dans les derniers mois de sa vie, Charles d’Héricault se retire dans le petit village de Tingry dans le Pas-de-Calais. Malade, il se prépare à la mort, mais n’en continue pas moins de travailler. En septembre 1899, il publie Liévin Liévinette un drame qui a pour cadre sa région natale. Le 31 octobre, il meurt laissant de nombreux inédits. En décembre, L’Univers annonce la sortie de La Grande Vie des saints et leurs amis.